Toujours à l’occasion de Scopitone, nous avons rencontré Franck Rivoire, plus connu sous le nom de Danger. Ce personnage énigmatique a forcément attiré notre attention et on a voulu en savoir plus.
Bitch – Tu peux te présenter ? Ton parcours, tes influences ?
Danger – En fait j’ai commencé Danger en 2007 via Myspace, à ce moment là c’était très favorable pour percer dans la musique, surtout l’électro. Donc j’ai fait un truc à base d’éléctro, musique de film, jeux vidéos. Et sinon à l’origine je suis graphiste et illustrateur, donc j’accorde beaucoup d’importance à l’image, que je fais en parallèle à la musique.
Bitch – Donc tu continues de pratiquer le métier de graphiste en plus de tous tes projets musicaux ?
Danger – Non, en fait maintenant je vis de la musique, donc je me consacre complètement à cette carrière. Mais c’est moi qui fais toutes mes illustrations, je gère toute ma com, aussi bien la réalisation graphique que la stratégie. Je pense qu’aujourd’hui la différence est là, il y a un groupe qui sort toutes les secondes, et c’est pas tant sur la musique ou sur le logo de ton groupe que tu te distingues, mais plutôt comment tu te positionnes.
Bitch – Sur ta bio wikipedia, on dit que tu es l’enfant de Daftpunk et de Justice. Qui est le père, qui est la mère ? Et de qui est ce que tu as hérité le coté masqué ?
Danger – Bon, c’est sûr qu’ils m’influencent. Mais je pense que Justice est déjà le descendant de Daftpunk, ce qui fait que là on commence à rentrer dans un truc de consanguinité malsaine. Je pense que je suis très très Daftpunk, et je crois que j’ai un côté assez «Jean-Michel Jarresque», vraiment 80’s, synthétiseurs et tout ça… Sinon, j’adore aussi tout ce que fait Eric Serra, je m’y retrouve dans tout ce qui est musique de film, il a fait pas mal de BO que tout le monde reconnait. Je me retrouve aussi pas mal dans ce que fait John Carpenter, qui faisait lui même les BO de ces films. Mais, si tu veux vraiment que je te dise, je ne serais pas capable de définir qui est le père et qui est la mère, enfin en tout cas c’est sûr que je suis dans le côté Français. Pour le masque, ça ne vient pas forcement de Daftpunk, parce que finalement ils ont commencé dans la période du culte de l’anonymat dans la techno, les mecs jouaient cachés sous leur capuche dans les rave… Et c’est aussi pas mal hérité de Kraftwerk, avec les robots… Et moi tu vois je suis né à l’ère du chat où tout le monde est caché derrière des avatars. Moi par exemple ça fait 10 ans que je m’appelle Danger sur les chats, juste comme ça, pour le délire en fait.
Du coup le côté masqué, c’est plus pour continuer dans ce chemin, créer une vrai identité, une apparence.
Bitch – Et Danger d’ailleurs, ça vient d’où exactement ? C’est l’univers Comics ?
Danger – Ce que j’essaye vraiment de faire c’est de créer un symbole sur scène où tu vois pas un mec en t-shirt en train de mixer en fumant des clopes – ce qui est cool – mais moi ce qui m’intéresse c’est de créer une image qui soit forte et qui t’amène quelque part. J’ai choisi un truc super simpliste avec juste deux yeux, en référence au cinéma 80’s, mais aussi aux trucs qui font flipper la nuit. Ça fonctionne bien dans les obscurités des salles de concerts.
Bitch – Le nom de tes morceaux est toujours une horaire… Ça signifie quoi ? Le temps passé ? L’heure de début ? L’heure de fin ?
Danger – En fait, j’ai fait ça parce que je fais des musiques narratives, avec pas mal de mélodies. Quand je fais un titre super triste où on voit bien que c’est dans un contexte urbain, j’ai pas envie de l’appeler «Sad City Night» parce que je trouve que ça n’apporte rien, et même que c’est un peu vulgaire. J’ai choisi quelque chose de minimaliste qui soit en concordance avec la façon dont je fais mes titres. C’est très serial. Et puis comme ça, quand sur internet on voit un morceau dont le titre est une série de chiffres, on sait que c’est moi qui le fais.
Bitch – On te compare souvent à Kavinsky. Il a la réputation d’avoir une vie assez remplie et de profiter plus que de raison… Est est-ce que tu as le même train de vie ?
Danger – Je le connais pas super bien, et en fait je m’en fous complètement de la comparaison. Ce que je sais de lui c’est qu’il est acteur aussi, il a dix ans de plus et qu’il est pas du tout dans la même sphère que moi. Je pense qu’on a des influences communes, comme moi il est fan de science fiction, de vieilles séries un peu nanard… Mais on est deux individus complètement différents, et s’il a envie de profiter à fond, c’est son choix… Moi je suis plus discret, même si je joue à fond le jeu de mon personnage sur scène.
Bitch – Je me rappelle t’avoir vu l’an dernier au LC, Feadz était venu mixer quelques minutes au milieu de ton set pour te permettre de régler un problème de matos. Il y a toujours cette entraide et cet esprit d’équipe dans les soirées ?
Danger – Ah mais oui !! En fait c’était ma carte son qui avait pété sur le set live donc j’avais aucun moyen de faire sortir du son. Du coup, je lui ai demandé de mixer pendant mille ans le temps de trouver une solution. Mais il est hyper sympa, moi par contre j’ai un peu flippé pendant ce temps… C’est Surkin qui m’a prêté de quoi régler le soucis d’ailleurs. Ça m’a jamais fait de truc si hardcord, mais c’est clair qu’on trouve toujours du soutien dans ce genre de situation, on est pas là pour se mettre des droites ou se tirer dans les pattes.
Bitch – Ton dernier album remonte à janvier 2010. Tu as quelque chose en préparation ?
Danger – Cette année j’ai bossé sur mon nouveau live que je vais faire ce samedi soir à Nantes, avec un piano et un petit dispositif. J’ai aussi quelques nouveaux sons que je vais jouer aux Friches. Il y a des nouveautés à venir, mais sinon, j’ai pas mal pris mon temps, j’ai essayé de faire un peu le bilan de la French Touch, qui est finie. Et comme tout le monde, j’ai envie de continuer, mais j’ai pas envie de faire la même chose toute ma vie, et pour ça il faut prendre un peu de recul. Mais je vais bientôt montrer tout ça !
Bitch – Et sinon, des surprises au niveau graphique ce soir ?
Danger – Des surprises non, parce qu’en fait je suis assez monomaniaque donc j’ai toujours les mêmes trucs qui me font kiffer. Ça va toujours ressembler à du manga Akira, à du Kubrick… Mais ce live est plus construit, il y a un vrai travail de lumière qui accompagne le travail vidéo.
Camille Ganzin
Photo : redthoughts



