On connait tous le délire de début d’année civile « cette année je prends de bonnes résolutions ». Dans la majorité des cas 15 jours après, elles s’envolent… Et si vous testiez le Quantified Self plutôt ? Pour vous expliquez le concept, j’ai interviewé Emmanuel Gadenne, consultant maitrise d’ouvrage web et manager chez Sopra Consulting.
Pouvez-vous définir le Quantified Self concrètement ?
Vous utilisez un ordinateur, un téléphone mobile, un gadget électronique, voire un papier et une feuille pour enregistrer votre travail, votre sommeil, vos exercices physiques, votre régime, etc. ? Si oui, vous pratiquez le self-tracking. Vous aimeriez partager vos méthodes et apprendre ce que font les autres ? Alors passez au niveau supérieur avec le QuantifiedSelf (en abrégé QS) !
Le QuantifiedSelf, traduit littéralement par Quantification de soi, consiste en la capture, l’analyse et le partage de données personnelles.
D’où vient cette tendance, si elle peut être qualifiée comme telle ?
La pratique de la mesure de soi remonte à l’apparition des premiers outils et méthodes de mesure. Mais c’est la démocratisation et la miniaturisation des capteurs qui ont permis l’émergence d’une véritable tendance.
A partir de 2008, Garry Wolf et Kevin Kelly ont initié une série de rencontres dans la Baie de San Francisco, les “QS Show & Tell”. Ces rencontres permettent aux adeptes de témoigner de leurs pratiques de mesure et de ce qu’ils en ont appris. C’est aussi le moment idéal pour présenter des outils et des méthodes de mesure de soi à des passionnés. San Francisco, New-York, Amsterdam, Londres, Paris… aujourd’hui plus de 30 villes organisent des rencontres QS Show&Tell. Le guide des outils de QuantifiedSelf comptent pas moins de 450 outils, on peut donc effectivement parler de tendance.
Depuis quand pratiquez-vous le QS ? Et pour quelles raisons ?
J’ai commencé le QuantifiedSelf en 2003, pour retrouver mon équilibre et améliorer mon hygiène de vie. Durant 3 ans, j’ai enregistré sur des carnets de note, mon sommeil, mon poids, ma consommation d’alcool et de Cola, mon humeur, etc. Je reportais toutes ces données dans une feuille Excel, à des fins de stockage, d’analyse, de corrélation et de prise de décisions.
Après plusieurs mois de collecte et d’analyse de données, j’avais assimilé les bonnes pratiques qui me permettaient de conserver une bonne hygiène de vie et un bon équilibre sans même y penser. Ainsi, le simple fait de me « quantifier » m’avait permis d’améliorer mon style de vie !
Quels domaines touchent le Quantified Self ?
Sans que cette liste soit exhaustive, les principaux domaines concernés sont :
- Expérimentation sur soi-même
- Gestion du comportement
- Lifelogging,
- Lifecaching,
- Lifestreaming
- Suivi de sa position dans l’espace
- Information digitale sur le corps
- Données biométriques
- Auto-évaluation
- Auto-diagnostic
- Préparation physique et sportive
- Données de santé
- Nutrition et perte de poids
- Suivi et amélioration de sa productivité
- Informations génétiques personnelles
Pouvez vous me citer des outils ou applications gratuites et payantes ?
Pour démarrer, commencer par utiliser des outils gratuits comme Quantter, RunKeeper ou PoidsCible. Ces outils permettent de définir des objectifs, d’enregistrer des données, de les analyser et de les partager.
Le temps des capteurs vient plus tard, lorsque l’on a défini plus précisément ses objectifs, qu’on a commencé à obtenir des premiers résultats et que l’on souhaite être assisté pour aller plus loin dans la capture automatisée des données. Pour démarrer, fitbit est un excellent capteur, vendu 99$ aux USA. Pour vous faire livrer en Europe, utilisez un site comme ebay.com.
Avec la collecte d’informations physiologiques, cette technique pourrait être utilisée dans le domaine médical ? Par exemple, envoyer les informations de santé à son médecin ou à un spécialiste ?
Dans le cadre de nombreuses pathologies, votre médecin, spécialiste ou généraliste, vous donne des consignes qui relèvent de l’hygiène de vie : bouger plus, manger mieux, dormir plus régulièrement, limiter les excitants, perdre du poids, arrêter de fumer, limiter vos consommations d’alcool, etc. Quoi de mieux que d’utiliser des applications de QuantifiedSelf pour mettre en oeuvre ses nouvelles résolutions et se motiver au long cours. Enregistrez vos efforts, analysez les, puis partagez vos premiers progrès avec vos médecins. Votre médecin sera sans doute intéressé par les chiffres que vous pourrez lui donner. Ajustez avec lui la fréquence des mesures.
Est ce que les français sont réactifs et utilisateurs de ce genre d’applications ?
Dans l’ensemble, les français soutiennent beaucoup les starts-ups du QuantifiedSelf comme RunKeeper ou Quantter. Ils portent un regard à la fois intéressé et critique sur ces pratiques. Parmi les acteurs du secteur le français Withings a été précurseur avec la balance Wifi et le tensionmètre intelligent. Des sociologues français travaillent également à découvrir qui sont les personnes qui se mesurent et surtout pourquoi ils le font.
Le QS est pour le moment un usage personnel, mais est ce que les entreprises peuvent utiliser ce genre de technique pour le management, la gestion de crise ou le marketing ?
Oui ces techniques sont utilisables par les entreprises pour le management, les ressources humaines, la gestion de crise. Ainsi U-STON de la société Comatek est une application Web qui cartographie l’atmosphère sociale de l’entreprise en donnant la possibilité aux salariés d’exprimer le non-dit, le ressenti, l’informel, par rapport à une nouvelle stratégie, un changement majeur, un grand projet, etc.
Pour l’instant, des directions marketing s’intéressent surtout beaucoup aux applications de géolocalisation de type Foursquare. La géolocalisation peut être considérée comme une forme de quantification de soi dans l’espace, mais le plus souvent on la considère comme un secteur à part entière. Par la suite, on peut imaginer que des marques auraient intérêt à sponsoriser les efforts quantifiés de leurs clients. Pour une grande marque de chaussures de sport, est-ce plus impactant de sponsoriser un golfeur de renommée internationale ou 100.000 personnes qui enregistrent régulièrement leurs runnings dans des applications de QuantifiedSelf ?
Je vais peut être un peu loin dans le concept mais est ce que d’un point de vue sociologique, peut-on dire que la quantification de soi pourrait être une étape de plus à la pyramide de Maslow ? Entre l’estime de soi et l’accomplissement ? Ou même au delà de l’accomplissement ?
Le QuantifiedSelf permet de mieux se connaître et de progresser vers l’atteinte de ses objectifs.
Quand les premiers résultats positifs arrivent, l’estime de soi progresse naturellement et on connaît un nouvel épanouissement. Le QuantifiedSelf permet donc de satisfaire des besoins d’estime et des besoins d’accomplissement. “L’effort persévérant triomphe des difficultés” c’est connu mais en la matière, la difficulté c’est de persévérer.
Avec le recul comment voyez évoluer cette tendance ?
Le QuantifiedSelf en tant que tendance, connaît des soubresauts. Google avait lancé dès 2008 Google Health, un service d’archivage des dossiers médicaux. Mais il a estimé cette année que le nombre d’utilisateurs de son service n’était pas suffisant et a donc décidé de le fermer au 1er janvier 2012. Au niveau des usages, la progression du QuantifiedSelf est indéniable. Les solutions matérielles et logicielles proposées par les starts-ups continuent à se multiplier et sont de plus en plus abordables. Un nombre croissant de pionniers et d’early adopters utilisent le QuantifiedSelf, notamment pour leurs pratiques sports, nutrition et fitness. Mais des modèles économiques restent encore à trouver. La “majorité avancée”, celle qui représente ⅓ des utilisateurs, n’est pas encore conquise par le QuantifiedSelf et continue à avoir des craintes par rapport au partage de données personnelles.
Vous avez créé QS Paris, expliquez nous les objectifs de l’association ?
En fait, il ne s’agit pas d’une association mais d’un collectif informel, dont l’objectif est d’organiser des rencontres appelés QS meetup.
Les QS meetups regroupent :
- des adeptes du QuantifiedSelf qui présentent les pratiques de mesure et de ce qu’ils en ont appris
- startups du secteur qui présentent les avancées de leurs solutions matérielles et logicielles.
En savoir plus ? Lisez le wiki de QSParis et suivez @QSParis sur Twitter.
Et voilà vous savez tout, enfin presque, la théorie c’est bien maintenant place à la pratique ! Je remercie @egadenne d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !
Jordane Carnec








